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SANTÉ PUBLIQUE, SANTÉ ÉCONOMIQUE : LE REMÈDE PIRE QUE LE MAL ?

La France se dirige vers une immunité collective “subie” et non “dirigée”

Nous savons que beaucoup de journalistes et décideurs (“cellules de crise”, ministères,…) lisent cette analyse “servie au petit déjeuner”, et nous nous en réjouissons. Nous vous demandons simplement, quand vous utilisez nos idées ou illustrations, d’avoir l’élémentaire COURTOISIE de nous CITER .

Toute une équipe bénévole multidisciplinaire remarquable permet la réalisation de cette analyse qui se veut factuelle et objective (d’ailleurs, n’hésitez pas à nous rejoindre) : “toute réussite est collective”. Notre nouveau site verra le jour en début de semaine et vous pourrez mettre des visages sur les noms.

A. La France se dirige vers une immunité collective “subie” et non “dirigée”

1. Les faits : non pas un pic, mais un (long) plateau !

La France suit une trajectoire à celle de l’Italie. Le nombre de patients en réanimation en Italie tend certes à diminuer depuis quelques jours (de même en France depuis 2 jours, tendance qui reste à confirmer), mais cette décroissance s’opère lentement, et l’Italie n’envisage pour l’heure pas de déconfinement avant 3 semaines.

Graphique : comparaison France-Italie des décès et des patients en réanimation

Graphiques : comparaison avec les principaux pays occidentaux

2. Confinement généralisé “souple” : ce n’est qu’une partie de l’arsenal !

Tout est dit dans notre tableau CovidScore (outil que nous avons créé il y a 3 semaines), que vous retrouverez en partie B.

Notre scoring est mis à jour en fonction des mesures mises en oeuvre ou envisagées par les autorités, qui elles-mêmes évoluent quotidiennement. Pour chaque pays, nous rappelons en première colonne l’état des mesures au moment de l’apparition des 100 premiers cas, pour voir comment les mesures prises (“4M”, “3T”, lits de réanimation disponibles,…) ont eu un impact dans le temps et dans l’espace (comparaison avec les modèles asiatiques, eux-mêmes très préventifs).

3. Intérêt du confinement seul actuel : limiter la saturation du système curatif

Le confinement actuel a été une très bonne mesure pour que notre système de santé évite la rupture, comme le montre le schéma suivant (depuis 2-3 jours le bilan entrées/sorties en réanimation est légèrement négatif : -34 à l’échelle nationale hier, mais avec des zones de saturation comme l’Ile de France).

Graphique : évolution des entrées/sorties en réanimation

En l’absence de confinement (qui commence à produire son effet vers J15-20), notre système de soins aurait “explosé” face au flux de patients en réanimation, et ce malgré le passage de 5 000 lits initialement à 9 000 lits (pour une utilisation actuelle d’environ 7 000 unités).

4. Etre réaliste : le statu quo n’est pas une solution durable

Même si le confinement en vigueur en France est beaucoup plus souple qu’à Wuhan (où un confinement strict a été maintenu pendant 76 jours), il ne pourra être maintenu “ad hoc” sur le long terme :

– risque économique et social : comme le disait le premier ministre de Singapour en 2003 au moment du Sars, “nous mourrons d’abord de mort économique, avant de mourir du SRAS !”

– risque mental : augmentation de 30% des violences conjugales, conséquences psychologiques d’un confinement prolongé (études en cours en Chine),…

– risque sanitaire (“perte de chances”) : les patients chroniques de type ALD (Affection Longue Durée) sont très peu suivis (à moins d’être eux-mêmes atteints par le Covid-19, et il en est de même des dépistages d’éventuelles pathologies (“perte de chances” en cancérologie,…).

5. Une solution est à trouver et à préparer dès maintenant avec nos moyens actuels

5.1. Nous connaissons la maladie : ce n’est ni Ebola, ni le SIDA, mais un virus respiratoire qui fait décompenser certains terrains fragiles (que nous devons protéger).

Rappelons que la mortalité d’Ebola est supérieure à 50% (tous âges confondus), et que le SIDA entraîne environ 1 million de décès par an (chiffre 2019) dans le monde.

Les facteurs de risque Covid sont maintenant bien identifiés (distribution de la mortalité selon l’âge et les comorbidités). Les populations à risque doivent être en permanence dans nos pensées.

Des équipes de recherche travaillent pour élucider encore quelques inconnues. Citons entre autres : l’animal hôte, le statut immunitaire (expérience actuelle en Allemagne sur 100 000 individus, afin d’avoir une cartographie de leurs anticorps dans le temps et dans l’espace pour discuter avec des données quantitatives d’une immunité naturelle), virus installé de type endémique ou cyclique (saisonnier ?), nouvelles avancées thérapeutiques (interleukines,…), possibilité d’un vaccin efficace (a priori réalisable, mais pas encore certain : n’oublions pas qu’il n’existe toujours pas de vaccin contre le HIV).

5.2. Nos moyens actuels : nous ne sommes pas l’Allemagne, qui peut déployer un bien meilleur arsenal préventif et curatif (cf tableau CovidScore en B).

L’Allemagne (5 fois moins de décès que la France à ce jour, alors que l’épidémie semble y décélérer) a une longueur d`avance sur nous : 

– elle possède certains outils-clés pour avoir un classement “CovidScore” élevé : masques, tests (le pays dispose de tous les réactifs, tant PCR que sérologiques), lits de réanimation (plus de 20k avant le début de l’épidémie, contre 9k en France à l’heure actuelle), les ventilateurs (l’Allemagne en exporte…),
– elle est indépendante sur une grande part des outils nécessaires : elle peut s’appuyer sur une industrie “milieu de gamme” qu’elle a su préserver, alors que la France se positionne plutôt dans les industries du futur type espace, 
– elle a été très réactive : dans le tableau CovidScore, elle est passée très rapidement du groupe C au groupe A.

La France a certes passé des commandes (masques, tests,…) avec de nombreux effets d’annonce, mais la réalité est là : nous dépendons trop de l’Asie et les 2 milliards de masques ont certes été commandés, mais leur livraison sera aléatoire (date/diplomatie sanitaire,…).

Notre industrie (masques, biologie, applications, ventilateurs,…) évolue mais gagnerait à être plus réactive (freins dans les processus de validation et la réglementation).

Nous ne sommes pas là pour regarder en arrière et refaire le match, mais pour chercher des solutions adaptées à nos moyens.

6. Un déconfinement contrôlé (progressif, ciblé régionalement,…) selon 3 axes, avec une veille permanente : une immunité collective “choisie” (vivre avec) plutôt que subie

B. CovidScore et CovExit : point quotidien

1. CovidScore : évaluation des mesures prises pour enrayer l’épidémie

2. CovExit : degré de préparation au déconfinement

C. France et monde : plus de 100 000 décès en 3 mois et plus d’1,2 million de cas actifs

Avec la contribution de Mathieu Bouquet et Stéphane, compagnons de la première heure, que je remercie encore pour leur soutien sans faille.

1. Attention aux chiffres : extrêmement discutables !

La définition des cas est faite à géométrie trop variable d’un pays à l’autre, avec des biais de mesure et donc une sous-déclaration majeure :

– nombreuses formes peu ou pas symptomatiques : dans certains pays, notamment en Occident (et particulièrement en France), ces cas ne seront pas comptabilisés, alors qu’ils le sont dans d’autres pays, notamment asiatiques.

– sous équipement en tests : l’Afrique, entre autres, ne compte que peu de cas positifs, mais vraisemblablement essentiellement par manque de tests

Les modèles prédictifs sont par conséquent à prendre avec des pincettes, car ils s’appuient sur des estimations qui ne reflètent que très partiellement la réalité.

De même, il existe de nombreux biais en terme de “comptabilité macabre” : déclaration (mortalité hospitalière et extra-hospitalière en France, versus mortalité hospitalière en Italie), ou de mesure (tests biologiques réalisés ou non post mortem, remplissage des certificats avec la cause initiale ou secondaire, etc.).

A nos yeux seuls certaines données relativement objectives comme le nombre de patients Covid en réanimation sont des paramètres pertinents à suivre.

2. Prévalence : 1,22 million de cas actifs confirmés en observation

Répartition géographique 

Source : John Hopkins University

Top 10 pays
USA 457k
Italie 98k
France et Espagne 87k
Angleterre et Allemagne 65k
Turquie 44k
Iran 28k
Russie, Brésil, Canada, Portugal, Pays Bas, Belgique, Suisse : 10 à 20k 

Par continent : 82% des cas diagnostiqués en Occident

3. Incidence : 96k nouveaux cas diagnostiqués (85k hier) et une vague épidémique qui déferle toujours vers l’Ouest

Graphique : évolution du nombre de nouveaux cas quotidiens 

Par pays : notons que le nombre de cas diagnostiqués est un indicateur à prendre avec précaution (ainsi les Américains lancent des campagnes massives de tests de dépistage et affichent donc des chiffres en proportion beaucoup plus élevés que de nombreux pays européens qui ne disposent que de très peu de tests).

USA 34k (+5k)
Espagne 5k (+0k)
Angleterre 9k (+5k) 
Allemagne 4k (-0k)
France 7k (+2k)
Italie 4k (+0k)
Turquie 5k (+1k)
Iran 2k (-0k)
Equateur, Chili, Pérou, Brésil, Canada, Inde, Russie, Irlande, Pays Bas, Belgique, Suisse; Suède : 1 à 2k 

Par continent : 3 foyers – Etats-Unis, Europe et Moyen-Orient

Graphique : évolution du nombre de nouveaux cas par pays (attention aux biais de mesures : cf USA tests massifs)

4. Réanimations et mortalité comparées selon le temps et l’espace (à titre indicatif)

4.1. Cas en réanimation

4.2. Mortalité journalière

Comme d’autres chiffres, cet indicateur est sujet à caution : dans certains pays, la mortalité comptabilisée est uniquement hospitalière (comme en Italie initialement) du fait du manque de tests ou de la désorganisation initiale, alors que dans d’autres elle est à la fois hospitalière et extra-hospitalière (cf Ehpad) comme en France.

5. Tableaux évolutifs pour les adeptes des chiffres

Evolution de l’incidence dans les 11 zones les plus touchées

Régions françaises : légère amélioration générale, mais l’Ile de France est encore sous tension


‍Gardez en tête le “réflexe 3M” (Mains-Masques-Mètre) pour se protéger…. mais surtout pour protéger les plus vulnérables.

Confiance et solidarité pour ce combat collectif,
Dr Guillaume ZAGURY
Spécialiste en Santé Publique Internationale
Consultant en “Health Innovations”
‍HEC
‍En Chine depuis 2000.

“Toute réussite est collective”, merci à  : 
– toute l’equipe “Back Up”  (Mathieu Bousquet, Carole Gabay, Flavien, Marie, Laetitia, Anne-Sophie,…) ;
– toute l’équipe médicale GVMN (Global Virus Medical Network : Dr Bachir Athmani, Dr Ibrahim Souare, Dr Viateur, Dr Taieb,…) qui permettent à ce projet d’exister, sans qui ce projet n’aurait pu voir le jour ;
– tous les mécènes financiers (Jerome, Benjamin Denis & B Square, Benoit Rossignol, Arnault Bricout) qui oeuvrent pour des “Actions Citoyennes”.

Si vous vous sentez l’âme de mécène ou de partenaires pour financer le développement informatique, n’hésitez pas à me contacter (guillaume@covidminute.com).

Également, même si une partie de l’équipe est basée à Shanghai, n’hésitez pas à venir nous rejoindre, car ce n’est pas le travail qui manque 🙂Pour ceux qui veulent prolonger la lecture avec un complément d’iconographies, sur des social médias occidentaux:

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