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ETATS-UNIS : LE PRÉSIDENT TRUMP JOUE-T-IL À LA ROULETTE RUSSE ?

La France vue de Chine : 1 chiffre, 1 tableau, 1 vidéo pour comprendre

61ème jour que j’ai été appelé (avec bien sur l’équipe extraordinaire qui m’accompagne) à rédiger et partager cette analyse “En direct de Shanghai”, dont l’objectif est de proposer une synthèse 360° pour permettre :

  • aux décideurs (locaux, régionaux, nationaux)  de bénéficier de notre expérience terrain en Chine où ” Nous avons le match dans la tête
  • à tout un chacun d’avoir accès à une information que nous souhaitons rationnelle (qui n’engage que nous-mêmes !), et qui parfois peut différer d`autres visions purement hexagonales !

Bonne lecture,

Dr. Guillaume Zagury

En direct de Chine, partage son expérience chinoise (SRAS 2003 et 60 jours de suivi quotidien de l’épidémie du coronavirus en Chine)

A. La France vue de Chine : 1 chiffre, 1 tableau, 1 vidéo pour comprendre

Je vous encourage à partager ces éléments, pour que tous en France comprennent les enjeux.

Cette rubrique est réalisée avec les échanges avec le Dr Bachir Athmani à Paris et Mathieu 

Bouquet en Chine.

1. Un chiffre-clé : un rapport de 1 à 88 !

En bref : en deux fois moins de temps (1 mois contre 2 mois), le virus a engendré en Italie un nombre de décès double (et même plus !) pour une population nationale 22 fois moindre : soit un ratio de plus de 1 à 88.

Nous soulignons cette disproportion depuis plus d’une semaine, afin que les décideurs comprennent bien les enjeux de 2 types de gestion de crise :

  • l’une de type “offensive à 360°”, militaire : le temps est à l’action, d’abord, les discussions viendront ensuite. La priorité est d’éteindre l`incendie.
  • l’autre en retard d’un coup sur la dynamique de propagation du virus et généralement  centrée sur un seul des 3 axes d’action (voir le tableau coro-action ci-dessous)

2. Le tableau clé de compréhension de ce qui marche et ce qui ne marche pas 

3. Les 6 mesures à prendre simultanément tant que les moyens techniques sont limités

Les leçons asiatiques : 

1. Isolement des patients Covid positifs

2. Suivi des contacts

3. Désinfection des lieux publics

4. Création de centres Covid dédiés en mobilisant les cliniques avec leur équipement et personnels et éventuellement les ressources hôtelières pour les patients peu ou pas symptomatiques

5. Mobilisation des industriels pour fabriquer des masques et tests 

6. Confinement à géométrie variable en fonction de la disponibilité des éléments ci-dessus :

  • Confinement strict « à la Wuhan »
  • Confinement moins strict comme à Shanghai 
  • Confinement mobile 3 M « Masque, Main, Mètre (1) » comme en Corée

4. Une vidéo

Appel aux décideurs du Docteur Guillaume Zagury

5. Un effort (de guerre) individuel et collectif

Certains poilus ont passé des mois dans les tranchées. Nous avons à passer 4 semaines (+/- 2) à la maison.

Notre système de santé doit se repositionner dans l’urgence, alors qu’il est avant tout orienté vers un risque :

  • aigu (« Plan Blanc ») : type mécanique (traumatologie) ou chimique (cf récemment dans l’Ouest) ou thermique voire nucléaire
  • localisé (type attentat ou accident majeur) et non sur l’ensemble du territoire 
  • non évolutif, alors que nous devons faire face à une période épidémique d’environ 2 mois (cas de Wuhan) avec des mesures de confinement strictes.

Ceci peut expliquer les difficultés rencontrées par nos responsables pour adapter les moyens existants.

B. Les données chinoises sont-elles fiables ?

Nous pouvons certes discuter des données disponibles, voici mes commentaires.

1. Chine et transparence de l’information

La définition des cas peut être questionnée : absence de tests biologiques au début, redéfinition des cas à Wuhan à partir des éléments d’imagerie autour du 10 février, sous-déclaration initiale à Wuhan (dans la panique et l’incompréhension du début de l’épidémie).

Mais je pense que c’est également le cas en Italie et en France (où on ne compte jusqu’à présent que les cas identifiés en milieu hospitalier), et que les proportions demeurent similaires.

2. Croisement des informations

A l’heure des satellites et des éléments indirects de reporting, les données croisées semblent correspondre : l’activité des crématoriums du Hubei ne semble pas être déconnectée du nombre de décès sur la période.

Les doutes récemment évoqués sur le nombre d’urnes funéraires livrées à Wuhan ne sont exprimés qu’à partir du nombre de morts du covid-19, alors que les autres causes de mortalité n’ont pas été suspendues pendant la durée de l’épidémie.

3. Comparaisons pays

Les données fournies par la Corée du Sud sont indiscutables, et les résultats sont également éloquents : en un peu plus d’un mois, 144 décès sur 9 400 cas déclarés pour une population de 51 millions d’individus, l’épidémie semblant aujourd’hui maîtrisée dans le pays. La Corée du Sud affiche donc des résultats bien meilleurs que la Chine, ce qui devrait dissiper les doutes sur des chiffres chinois qui minimiseraient l’épidémie.

4. Les hésitations du début

Les autorités peuvent balbutier initialement, et c’est normal devant l’effet de surprise : même en France, le décompte des décès va être revu à J20, car il ne tient jusqu’à présent compte que des décès hospitaliers (patients diagnostiqués biologiquement) et non des autres  victimes (notamment dans les Ehpad).

5. De toute maniere : “If you can’t measure it,…you can’t manage it” 

Ce qui importe avant tout en santé publique, ce n’est pas un chiffre isolé (à qui l’on peut faire dire beaucoup de chose selon le dénominateur retenu) mais sa tendance.

6. L’objectif au final est de sauver des vies

Et ainsi éviter des tragédies familiales (perte d’êtres chers, qui plus est dans des conditions épouvantables, sans possibilité de dernier adieu) et une aggravation des difficultés économiques et sociales. Le virus n’a pas de frontière, et nous avons également à apprendre des autres pays.

A travers notre expérience asiatique, nous ne faisons que proposer des éléments de compréhension, permettant à tout un chacun de comprendre mais aussi aux autorités de se faire leur propre opinion.

C. France – “vivre avec” – Confinement J12

Pour la première fois depuis la guerre, l’ensemble du territoire est en turbulence, à des degrés divers selon les régions : le Grand Est et l’Ile de France plus touchés, ce qui entraîne un repli vers le sud et l’ouest pour les cas graves.

Notons encore que tous ces chiffres n’ont que peu de valeur pris isolément (reflètent-ils la réalité ?), mais ce qui compte surtout est leur évolution chronologique, qui permet de dégager une tendance.

1. Incidence : +3 809 nouveaux cas confirmés (3 922 hier)

Nous restons en phase de croissance épidémique,.

2. Prévalence : 25,2k cas actifs en observation (22.5k hier)

Sur cette seule base, le temps de doublement (supérieur à 6 jours, contre 5 hier). 

3. Tendance (comparaison avec l’Italie) : trajectoire proche

A ce jour, la trajectoire de la France reste relativement proche de celle de l’Italie, avec toutes les précautions qui s’imposent pour cette comparaison, notamment sur la stratégie de tests adoptée par chaque pays (définition de cas).

Mais comme précisé en 2, ce qui est informatif, est la tendance chronologique :

Si la France continue à suivre le modèle italien, le pic pourrait s’envisager vers la mi-avril.

4. Système de santé : analyse des capacités actuelles et des flux

4.1. Chiffres

Décès : 1 995 décès, soit 6 % des cas identifiés par tests biologiques (mais bien inférieur si on prenait en compte l’ensemble des personnes porteuses du virus en France)

Cas graves (réanimation) : 3 787 (3.375 hier) , soit 14 % des cas identifiés biologiquement

4.2. Notre système de santé résiste bien est encore capable d’absorber la vague, selon les régions

Paris et Ile de France

L’ARS Ile de France a fait du bon travail et a su mobiliser des lits de réanimation supplémentaires en IDF (plusieurs centaines) en libérant des lits dans les hôpitaux périphérique et dans les cliniques.

Sur une capacité de 1 500 lits de “réanimation”, plus de 1 300 sont déjà occupés. Mais  la capacité a été étendue à 2 000 lits (ce qui devrait permettre de faire face à l’afflux de ce week-end). 

À noter que l’IDF est très bien dotée en hôpitaux (APHP et aussi des hôpitaux périphériques) et cliniques privées.

Noter également que les ventilations sont longues (généralement 2 à 3 semaines), et nécessitent beaucoup de ressources humaines.

Grand Est : cf le témoignage d’un urgentiste dans l’édition d’hier

Les régions encore relativement épargnées par cette “invasion virale” sont essentiellement : le Sud-Ouest (dont certains amis au CHU de Bordeaux, l’hôpital Pellegrin), la Bretagne et la Normandie.

5. Distribution territoriale

Une nouvelle méthode de comptage est en cours de mise en place, avec une réévaluation importante attendue du nombre de cas suite aux déclarations des autorités. Les chiffres par région seront fournis de façon plus exploitable pour tous d’ici quelques jours. 

6. En cours

Comme discuté dans les éditions précédentes, la Chine redevient l’usine de la planète et la France vient de passer une commande de 600 millions d’unités (noter que 50k unités correspond à la consommation de 10 jours pour un hôpital général). Nous sommes en train de voir avec l’équipe, comment aider pour en faire parvenir aux structures prioritaires (Ehpad, hôpitaux,…).

Un risque majeur : les Ehpad. En Ile de France, 40% des Ehpad sont touchés (soit 240 sur 600). Saluons l’attitude héroïque de très nombreux soignants au contact de ces populations fragiles.

Noter par ailleurs les mesures préventives strictes prises dans les prisons (du fait de la promiscuité et des comorbidités fréquentes telles que VIH et hépatites,…), ce qui impose une bonne communication avec les détenus et leurs familles. 

D. Incidence monde : dynamique 

Merci à Stéphane, compagnon de la première heure pour sa participation.

Bien sûr avec toutes les réserves nécessaires quant à la validité des chiffres (disponibilité des tests, validité des données,…), mais ce qui est essentiel est la tendance.

1. Incidence : 64k nouveaux cas diagnostiqués (63k hier, 46k veille, 44k avant-hier)

2. Vision spatiale : 90% des nouveaux cas sont détectés en Occident (60% en Europe et 30% aux Amériques)

Il existe à l’heure actuelle l’équivalent de 15 foyers type Wuhan dans le monde, dont une dizaine éclatés en Europe et qui peuvent confluer.

L’Amérique risque de devenir le principal centre de l’épidémie dans les jours à venir.

Les Etats-Unis et l’Espagne restent en phase exponentielle.


3. Analyse  géographique continent / pays

3.1. Par continent

3.2. Par pays

Top 10 pays :

  • USA 18,7k
  • Espagne 8k
  • Allemagne 7k
  • Italie 6k
  • France 4k
  • Iran et Angleterre 3k
  • Turquie 2k
  • Suisse, Pays Bas, Belgique : 1k environ

Tableau : évolution chiffrée par pays

E. Prévalence monde – En quelques jours, les Etats-Unis atteignent un nombre de cas cumulés supérieur à celui de la Chine en 2 mois !

Le temps de doublement aux Etats-Unis est actuellement de 3 jours.

1. Vision chronologique

437K actifs hier, 380k avant-hier et 332k le jour précédent.

Au rythme actuel, doublement des cas dans le monde tous les 5 jours (stable).

Chiffres à prendre avec précaution étant donné la disparité des stratégies de tests : l’épidémie peut s’étendre sans que ça se reflète dans les chiffres officiels, si les patients ne font pas l’objet d’un dépistage biologique et d’un décompte officiel.


2. Vision spatiale

Localisation géographique des pays avec plus de 10 000 cas actifs (top 8) :

  • USA 100k
  • Italie 66k
  • Espagne 51k
  • Allemagne 44k
  • France 25k
  • Iran 19k
  • Royaume Uni 14k
  • Suisse 11k

Graphique : répartition par continent

85% des cas diagnostiqués dans le monde sont en Occident

F. Géopathologie : savoir “panser” en avance ! 

1. Royaume Uni

Le premier ministre, Boris Johnson, et son ministre de la santé ont été testé positifs au Covid-19. Cela montre la contagiosité forte de cette pathologie et la nécessité absolue de maintenir les 3M (“Masque-Main-Mètre”), comme évoqué il y a déjà plus de 2 mois dans les premières éditions de cette lettre quotidienne.

2. Prises de décision tardives

Les pays qui ont nié la maladie (Etats-Unis, Brésil, Indes,…) seront les plus affectés :

  • quantitativement, car peu de mesure préventives sur de potentiels  “bouillons de culture” type Favelas à Rio,
  • qualitativement, aux Etats-Unis notamment avec ⅓ des adultes obèses (facteur de risque identifié).

3. Validité des données

Les décomptes affichés par certains pays (Russie, Indes,…) peuvent interroger, mais les éventuelles tentatives de masquer l’épidémie risquent d’avoir un “effet boomerang” rapide car “tout finit par se savoir”, d’autant plus avec le croisement d’autres données (observations par satellite, mesures indirectes type analyse de l’activité des crématoriums en Chine, etc.) et il arrive toujours un moment où on ne peut cacher les cas (cf Wuhan début janvier).

4. Etats-Unis

Face à l’épidémie, Donald Trump a signé « le plus grand plan de soutien de l’histoire des Etats-Unis », d’un montant de 2 200 milliards de dollars.

Mais croire que la santé publique n’est qu’une question d’argent à injecter à l’instant t est une erreur : que ce soit au niveau collectif ou individuel, les résultats médicaux sont la conséquence de l’hygiène de vie des 30 années précédentes. Un patient atteint d’une pathologie à pronostic péjoratif suite à 30 ans d’hygiène de vie défectueuse ne pourra pas être guéri, quelque soit l’argent qu’il mettra sur la table !

Ainsi il existe un fort risque de catastrophe sanitaire aux Etats-Unis, où la meilleure technologie ne pourra faire face à un afflux massif de malades à risque, notamment du fait de comorbidités. L’obésité, avec ses conséquences pathologiques, concerne plus d’un tiers des adultes américains.

5. Afrique

Comme nous le voyons régulièrement avec mon collègue le Dr Bachir Athmani dans le “Crash Test pays” (déjà une dizaine de pays passés à la loupe), de multiples scénarios sont possibles et pas toujours prévisibles à ce jour.

Ainsi en Afrique, 3 inconnues demeurent pour établir un pronostic :

  • âge jeune de la population (Lagos : plus de 50% moins de 20 ans !)
  • Impact de la température et de l’humidité (pays tropicaux) sur le virus : historiquement la mouche “tsé tsé” (trypanosomiase) a limité la déferlante de l’Afrique blanche sur l’Afrique noire en dévastant les juments arabes (avantage guerrier compétitif à l’époque).
  • Région où sévit le paludisme avec une diffusion large de la nivaquine à visée préventive  (propriétés anti-coronavirus ?)

Néanmoins compte tenu du temps de doublement des cas “déclarés” (et on voit les limites de ce type de chiffrage : forte probabilité de sous-déclaration) d’environ 4 jours, les 2 indicateurs-clés sur le continent seront le nombre de cas en réanimation et la mortalité.

6. Le pari du président Trump : créer un électrochoc scientifique pour trouver une thérapeutique efficace dans un délai très court (15 jours) : “The New Frontier” 

Pour Donald Trump, la santé économique prime sur la santé publique.

En cette année électorale, des mesures de confinement supérieures à 15 jours seraient selon son administration trop risquées en terme de chômage, indice boursier, etc.

Après un cafouillage initial au niveau des tests, l’Amérique retrouve ses moyens.

Une de ses cartes majeures réside dans l’utilisation du Plaquenil, dont les essais cliniques ont commencé il y a une semaine, et dont les résultats sont attendus dans les 2-3 prochaines semaines.

Faisons confiance au dynamisme de la recherche américaine pour essayer de trouver une solution technologique (antiviraux, Plaquenil,…) à cette crise médico-sociale majeure.

Le comportement atypique (“fonceur”) du Président (accélération des tests et vitesse dans la mise en oeuvre des essais cliniques) sera-t-il un atout ou un désavantage ?  

A suivre dans 15 jours… Go America, go!

Demain : J62 de l’analyse quotidienne 

La situation est sérieuse, mais nous nous devons de rester “positifs” (pour l`action).

”Crash test Russie” avec le Dr Athmani.

Merci à Mathieu Bouquet, partenaire de la première heure, pour son aide précieuse.

‍Gardez en tête le “réflexe 3M” (Mains-Masques-Mètre) pour se protéger…. mais surtout pour protéger les plus vulnérables.

Confiance et solidarité pour ce combat collectif,

Dr Guillaume ZAGURY

Spécialiste en Santé Publique Internationale

Consultant en “Health Innovations”

HEC

En Chine depuis 2000.“Toute réussite est collective”, merci à  : 

– toute l’equipe “Back Up”  (Mathieu Bousquet, Carole Gabay, Flavien, Marie, Laetitia, Anne-Sophie,…),

– toute l’équipe médicale GVMN (Global Virus Medical Network : Dr Bachir Athmani, Dr Ibrahim Souare, Dr Viateur, Dr Taieb,…) qui permettent à ce projet d’exister, sans qui ce projet n’aurait pu voir le jour.

– tous les mécènes financiers (Jerome, Benjamin Denis & B Square, Benoit Rossignol, Arnault Bricout) qui oeuvrent pour des “Actions Citoyennes”

Si vous vous sentez l’âme de mécène ou de partenaires pour financer le développement informatique, n’hésitez pas à me contacter (guillaume@covidminute.com).

Également, même si une partie de l’équipe est basée à Shanghai, n’hésitez pas à venir nous rejoindre, car ce n’est pas le travail qui manque 🙂Pour ceux qui veulent prolonger la lecture avec un complément d’iconographies, sur des social médias occidentaux:

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